Journal de résidence entre-lieu
Françoise Pacé chez Cécile et Cédric
A la ferme de la Tuilerie

Temps3/ Décembre-Janvier 2014

 

 

….Il me semble, mon cher ami, que ces choses-là sont plus que des paysages.

C’est la nature entrevue à certains moments mystérieux où tout semble rêver, j’ai presque dit penser, où l’arbre, le rocher, le nuage et le buisson vivent plus visiblement qu’à d’autres heures et semblent tressaillir du sourd battement de la vie universelle. Vision  étrange et qui pour moi est bien près d’être une réalité, aux instants où les yeux de l’homme sont fermés. Quelque chose d’inconnu apparaît dans la création. Ne le voyez-vous pas comme moi ? Ne dirait-on pas qu’aux moments du sommeil, quand le pensée cesse dans l’homme, elle commence dans la nature ? Est-ce que le calme est plus profond,le silence plus absolu,la solitude plus complète, et qu’alors le rêveur qui veille peut mieux saisir, dans ses détails subtils et merveilleux,le fait extraordinaire de la création ? Ou bien ya-t-il en effet quelque révélation ; quelque manifestation de la grande intelligence entrant en communication avec le grand tout, quelque attitude nouvelle de la nature ? La nature se sent-elle mieux à l’aise quand nous ne sommes pas là ? Se déploie-elle plus librement ? Il est certain, qu’en apparence du moins, il y a pour les objets que nous nommons inanimés une vie crépusculaire et une vie nocturne. Cette vie n’est peut-être que dans notre esprit ; les réalités sensibles se présentent à nous à certaines heures sous un aspect inusité ; elles nous émeuvent ; il s’en fait un mirage au-dedans de nous, et nous prenons les idées nouvelles qu’elles nous suggèrent pour une vie nouvelle qu’elles ont….
Victor Hugo. 1843. lettre à Louis B.