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Je crois que les mots sont comme des paysages et que les paysages, c'est un peu comme des personnes : on peut se baigner dans leur présence, se laisser traverser par leur présence, ou pas... et parfois la compréhension surgit comme le soleil, comme la pluie, la neige même. On ne peut pas exiger le soleil ou la pluie, on les reçoit quand ils viennent, on s'y dispose, on grimace, on saute de joie, on boude, on s'éclabousse, et voilà...  parfois, les mots nous apprennent quelque chose, ils sont comme des portes qui s'ouvrent sur un pays nouveau, radieux, d'une sagesse qu'on ignorait jusque-là... ou bien ils sont comme de précieuses serrures, sur des portes qui sont là pour nous protéger... des mots pour ouvrir, des mots pour fermer, des mots comme des portes au seuil de paysages où l'on aura envie de se promener, ou bien on s'en détournera ; grâce à ces mots, on saura refuser certains seuils, les franchir ou pas, ou juste un peu, mais pas trop ; on jouera avec les décisions du passage, de la traversée, dans le pays sage... on se sentira de taille pour tenter l'aventure, ou on déjouera la tentation, on dégotera un biais, un petit tunnel que personne n'avait vu, un chemin dérobé, on y marchera doucement, en pensée, discrètement, à la dérobée (sans que personne ne le sache) et ça nous rendra unique et joyeux... les mots sont presque toujours pour moi un itinéraire de joie, peut-être que cette joie du verbe, ce plaisir de verve, sera contagieux... on pourrait déterrer les mots comme des pépites et ce genre de pépite, ce qu'il y a de bien, c'est qu'on peut être autant qu'on veut à collectionner la même.